La Langue

Si vous voulez entendre de l'occitan vous pouvez écouter Radio Pays ( 93.1 FM à Paris ).

L'occitan est un terme "groupant les dialectes romans du sud de la France et pour laquelle on parle aussi de gallo-roman méridional. Au Moyen Âge, on parlait de provençal ou de limousin, et plus tard de gascon, termes régionaux qui désignaient cependant la langue littéraire commune aux auteurs occitans et à ceux qui, bien que catalans ou italiens, l'utilisaient dans leurs écrits. Cette langue littéraire s'opposait à celle du Nord, dite langue française ou encore langue du roi. C'est Dante qui opposa à sa propre langue, langue du si, la langue d'oïl et la langue d'oc prenant pour critère les différentes manières de dire oui. On préfère aujourd'hui parler d'occitan (du latin médiéval occitania, Occitanie), pour désigner à la fois la langue littéraire médiévale et les différents patois d'oc qui subsistent dans la zone dialectale moderne, appelée Occitanie." (extrait de l'Encyclopédie Microsoft Encarta 99®).
   Une des caractéristiques importantes de l'occitan est l'ajout fréquent de suffixes à la fin des noms communs ce qui permet une richesse du vocabulaire presque infinie (le vocabulaire occitan compte plus de 150 000 mots selon des études sachant que tout le vocabulaire n'a pu être répertorié !). Ex n°1: cat --> caton -->catonet --> catoneton = chat --> petit chat --> tout petit chat --> chat minuscule [avec à chaque fois une notion d'affection]. Ex n°2: castel --> castelàs = château --> château laid [et par extension "château en ruine].

Graphie et Prononciations

   L'alphabet occitan comporte 23 lettres: A B C D E F G H I J  L M N O P Q R S T U V X Z.
   De manière générale, le "e" se prononce [é], le "o" se prononce [ou], le "u" se prononce [u], le "à" se prononce "a", le "ò" se prononce [o].
   Le "a" en fin de mot est prononcé [o] (pòrta= [porto]).
   Le "r" est roulé sauf en limousin et en provençal. On prononce généralement [indgénious] pour "ingeniós" et [djoc] pour "jòc".
   Le "g" se prononce [tch] en fin de mot s'il est précédé d'une voyelle (estug= [éstutch]).
   Le "nh" se prononce "gn" comme dans "pagne" et "lh" se prononce "ill" ou "li" comme dans "oseille" ou "liane", cependant en fin de mot "lh" se prononce [l]: "solelh"=[soulél].
   En gascon, le "th" correspond au " l " languedocien (castèl: castèth), il est généralement prononcé [t].
   En général le "n" à la fin d'un mot ne se prononce pas (sauf en gascon, provençal et limousin).

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Les Dialectes Occitans *

   L'ensemble occitan présente trois inflexions dialectales spécifiques: le nord-occitan, l'occitan moyen et le gascon.

   Le nord-occitan (limousin, auvergnat, provençal-alpin) est essentiellement caractérisé par la palatalisation ancienne, de type oïlique, de CA et de GA latins en [tcha] et [dza]: CANTAT: chanta, GALLUS: jal. Le nord-occitan comprend: le limousin (qui couvre le nord du département de la Dordogne, la Corrèze, la Haute-Vienne et la Creuse), l'auvergnat (nord du Cantal, Puy-de-Dôme, Haute-Loire) et le provençal alpin (Ardèche, Drôme, Hautes-Alpes, nord des Alpes-de-Haute-Provence).

   L'occitan moyen est le groupe de parlers le plus conservateur, le moins éloigné de la langue classique du Moyen Âge, le plus directement accessible à l'ensemble des occitanophones, également distant des évolutions poussées du nord-occitan et de la spécificité atavique du gascon. Il peut se diviser à son tour en deux complexes dialectaux: le languedocien, qui est l'occitan par excellence, et le plus important géographiquement, et le provençal, que sa fortune particulière a servi au XIXè siècle.
   Le languedocien est approximativement limité à l'ouest par la Garonne (limite de l'aire du gascon), au nord par le nord-occitan (limite cantar / chantar), à l'est par une bande interférentielle entre le Vidourle et le Rhône (limite de l'aire du provençal); soit les départements suivants: Aveyron, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Tarn, Aude, Hérault et, partiellement: Lozère, Haute-Garonne, Ariège, Gard, Dordogne, Cantal, Pyrénées-Orientales, Gironde.
   Le provençal est dû, en fait, à une surévolution relativement récente (à partir du XVIè s.) qui l'à détaché du languedocien et a achevé de lui donner son visage actuel. Le trait le plus significatif (mais non exclusif) est l'amuïssement des consonnes finales (en particulier -s du pluriel), ce qui amène certaines restructurations morphologiques inconnues du languedocien. Le provençal recouvre en gros les parlers de l'ancienne Provence, du comtat Venaissin et du comté de Nice. On peut y ajouter les parlers de Nîmes et d'Uzès, en Languedoc, qui étaient encore languedociens au XVIIè siècle.

Le gascon est presque une langue à part dans le domaine occitan. Ses caractéristiques essentielles sont, en phonétique , le passage de F latin à h (FiLIA: hilha , FARiNA: haría , FuRNU: horn , FoCU: huèc ), la chute du -n- intervocalique (LuNA: lua , FARiNA: haría , VeNA: vía ), l'évolution particulière de la géminée -LL- (en finale, -LL: -th ou -t : BeLLU: bèth /bèt , CASTeLLU: castèth /castèt ; à l'intervocalique, -LL-: -r- : BeLLA: bèra , GALLiNA: garía , iLLA: era ), le développement d'un a - prosthétique devant un r - initial fortement roulé: arrat , arrasim , arròda (occ. moyen: rat , rasim , ròda ). En morphosyntaxe, on peut signaler un imparfait indicatif spécifique: arridè/arridèva «(il) riait», volè/volèva «(il) volait», dromiva «(il) dormait» (occ. moyen: risiá , voliá , dormiá ); un prétérit également original (types cantè /cantà , arridó /arridoc , dromí , face à l'occitan moyen: cantèt , riguèt , dormiguèt ); la prolifération de particules dites «énonciatives» renforçant l'énonciation verbale (l'òme QUE se n'anèc deu vilatge «l'homme s'en alla du village», «la hemna QUE cantava «la femme chantait»; los nins BE son au lhèit? «les petits sont au lit, n'est-ce pas?»).

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Les Grands Traits Typologiques de l'Occitan *

   Les traits typologiques de l'occitan présentés ici, évidemment de manière sélective, concernent essentiellement l'occitan moyen. Ils ont en outre été choisis en fonction de leur caractère oppositionnel face au français.

   Phonétique: Le vocalisme se caractérise par la chute gallo-romane des voyelles finales atones autres que -A: MuRU: mur , FLoRE: flor , mais PoRTA: pòrta , par l'absence de diphtongaison romane «spontanée»: CoR: còr , PeDE: pè mais diphtongaison conditionnée: LeCTU: lièit , NoCTE: nuèit ; BoVE: buòu , par le maintien de la diphtongue AU : CAUSA: causa , * AUSaRE: (g )ausar et par la palatalisation gallo-romane du u latin (O [ü]): LuNA: luna , MATuRUS: madur.
   Le consonantisme se définit par l?absence de palatalisation de CA- et de GA- (sauf en nord-occitan): CANTaRE: cantar , GALLU: gal (mais nord-occitan: chantar , jal ), par la chute de l'-n «instable», sans traces de nasalisation (sauf en gascon et provençal): PANE: [pa], ViNU: [bi], BeNE: [bé] (graphie: pan , vin , ben ), par la vocalisation du [d], dans le groupe intervocalique -DR-, qui devient [y]: CReDeRE: creire , RADeRE: raire ; PATRE: paire , LATRoNE: lairon, par le passage de - D- intervocalique primaire à [z] (ou amuïssement en nord-occitan): SuDaRE: susar , NuDA: nusa , LAUDAT: lausa, par la conservation (localisée) des anciennes affriquées romanes: DIuRNU: jorn [dzur/dzur], *JeCTaRE: getar [dzéta/dzéta], GeLU: gèl [dzèl/dzèl], par la palatalisation du groupe [yt] S -CT- (sauf pour le gascon et les parlers limitrophes): FACTU: fait /fach , FACTA: facha , LACTE: lach , LeCTU: lièch et par la solidité des consonnes finales (du moins en gascon et en languedocien): prat , prats ; amic , amics ; lop , lops.

   Morphosyntaxe: À l'étape ancienne, il y a maintien de la déclinaison gallo-romane à deux cas; cas-sujet: lo murs (singulier), li mur (pluriel) / cas-régime: lo mur (singulier), los murs (pluriel); on trouve aussi un conditionnel synthétique en -ra , remontant au plus-que-parfait de l'indicatif latin: type cantèra S CANTA(VE)RAT, agra S HABUERAT, degra S DEBUERAT (à côté de: cantaria , auria , deuria ).
   Prétérit à infixe -G- dans les parfaits latins en -uI: DeBUi: dec , VoLui: volc , *BiBui: bec (moderne deguèri , volguèri , beguèri ). L'objet direct personnel possède un a introductif (gascon et parlers limitrophes): l'aimi AL mieu paire «je l'aime à mon père». On emploie le subjonctif présent dans les subordonnées à sens futur introduites par un relatif ou une conjonction (limité aujourd'hui au gascon): quan venga, cantarà «quand il viendra, il chantera» (de même en ibéro-roman). L'article défini est utilisé comme démonstratif: lo que parla «celui qui parle», la que canta «celle qui chante» (ainsi en ibéro-roman). Le subjonctif présent peut marquer la prohibition (impératif négatif): (non ) cantes pas «ne chante pas», (non ) vengas pas «ne viens pas» (ainsi en ibéro-roman).

   Lexique: Comme pour la phonétique et la morphosyntaxe, le lexique de l'occitan (et aussi de l'occitano-roman dans son ensemble) occupe une position intermédiaire entre le gallo-roman et l'ibéro-roman. Pour certains types lexicaux, il s'inscrit nettement dans le cadre du gallo-roman: le cas du catalan est symptomatique à ce sujet.
   Exemple type TRoPaRE (: occitan et catalan trobar , français trouver ) / *ADFLaRE (: espagnol hallar , portugais achar ); FeNeSTRA (: occ. cat. finestra , franç. fenêtre ) / *VENTaNA (: (esp. ventana ); *VoLeRE (: occ. cat. voler , franç. vouloir) / QUAEReRE (: esp. portug. querer ); *PARAULARE (: occ. cat. parlar , franç. parler ) / *FABuLaRE (: esp. hablar , portug. falar ); MANDuCaRE (: occ. manjar , cat. menjar , franç. manger ) / COMeDeRE (: esp. portug. comer ); APUD «avec» (: occ. cat. ab /amb , anc. franç. o ) / CUM (: esp. con , portug. com ), etc.
   Pour d'autres types lexicaux, en revanche, l'occitano-roman fait cause commune avec l'ibéro-roman et se sépare nettement du français, qu'il s'agisse de mots d'origine latine ignorés du français (occ. armòl , esp. armuelle «arroche»; afartar , hartar «rassasier»; borrèc , borrego «agneau d'un an»; calar , callar «se taire»; campana , campana «cloche»; flac , flaco «faible»; garganta , garganta «gorge»; laganha , lagaña «chassie»; lairar , ladrar «aboyer»; lenha , leña «bois de chauffage»; pèrna , pierna «fesse, jambe»; òrt , huerto «jardin»), ou de mots spécifiques (fonds aquitano-pyrénéen: andralh , andrajo «guenille»; bruèissa, bruja «sorcière»; esquèr, izquierdo «gauche»; morre, morro «museau»; toja , tojo «ajonc épineux»), ou encore de termes de provenance arabe inconnus de la langue d'oïl (alcavòt , alcahuete «entremetteur»; alquitran, alquitrán «goudron»; taüt , ataúd «cercueil»).

       *: extraits de l'Encyclopaedia Universalis®
 


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