La Langue
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L'occitan
est un terme "groupant les dialectes romans du sud de la
France et pour laquelle on parle aussi de gallo-roman
méridional. Au Moyen Âge, on parlait de provençal ou de
limousin, et plus tard de gascon, termes régionaux qui
désignaient cependant la langue littéraire commune aux auteurs
occitans et à ceux qui, bien que catalans ou italiens,
l'utilisaient dans leurs écrits. Cette langue littéraire
s'opposait à celle du Nord, dite langue française ou encore
langue du roi. C'est Dante qui opposa à sa propre langue, langue
du si, la langue d'oïl et la langue d'oc prenant pour critère
les différentes manières de dire oui. On préfère aujourd'hui
parler d'occitan (du latin médiéval occitania, Occitanie), pour
désigner à la fois la langue littéraire médiévale et les
différents patois d'oc qui subsistent dans la zone dialectale
moderne, appelée Occitanie." (extrait de l'Encyclopédie
Microsoft Encarta 99®).
Une des caractéristiques importantes de l'occitan est l'ajout fréquent
de suffixes à la fin des noms communs ce qui permet une richesse
du vocabulaire presque infinie (le vocabulaire occitan compte
plus de 150 000 mots selon des études sachant que tout le
vocabulaire n'a pu être répertorié !). Ex n°1: cat -->
caton -->catonet --> catoneton = chat --> petit chat
--> tout petit chat --> chat minuscule [avec à chaque fois
une notion d'affection]. Ex n°2: castel --> castelàs =
château --> château laid [et par extension "château en
ruine].
Graphie et Prononciations
L'alphabet
occitan comporte 23 lettres: A B C D E F G H I J L M N O P
Q R S T U V X Z.
De manière générale, le
"e" se prononce [é], le "o" se prononce
[ou], le "u" se prononce [u], le "à" se
prononce "a", le "ò" se prononce [o].
Le "a" en fin de mot
est prononcé [o] (pòrta= [porto]).
Le "r" est roulé sauf
en limousin et en provençal. On prononce généralement [indgénious] pour
"ingeniós" et [djoc] pour "jòc".
Le "g" se prononce
[tch] en fin de mot s'il est précédé d'une voyelle (estug=
[éstutch]).
Le "nh" se prononce
"gn" comme dans "pagne" et
"lh" se prononce "ill" ou "li"
comme dans "oseille" ou "liane", cependant en fin de mot "lh" se prononce [l]: "solelh"=[soulél].
En gascon, le "th"
correspond au " l " languedocien (castèl: castèth),
il est généralement prononcé [t].
En général le "n" à
la fin d'un mot ne se prononce pas (sauf en gascon, provençal et
limousin).
L'ensemble occitan présente trois inflexions dialectales spécifiques: le nord-occitan, l'occitan moyen et le gascon.
Le nord-occitan (limousin, auvergnat, provençal-alpin) est essentiellement caractérisé par la palatalisation ancienne, de type oïlique, de CA et de GA latins en [tcha] et [dza]: CANTAT: chanta, GALLUS: jal. Le nord-occitan comprend: le limousin (qui couvre le nord du département de la Dordogne, la Corrèze, la Haute-Vienne et la Creuse), l'auvergnat (nord du Cantal, Puy-de-Dôme, Haute-Loire) et le provençal alpin (Ardèche, Drôme, Hautes-Alpes, nord des Alpes-de-Haute-Provence).
L'occitan moyen est le
groupe de parlers le plus conservateur, le moins éloigné de la
langue classique du Moyen Âge, le plus directement accessible à
l'ensemble des occitanophones, également distant des évolutions
poussées du nord-occitan et de la spécificité atavique du
gascon. Il peut se diviser à son tour en deux complexes
dialectaux: le languedocien, qui est l'occitan par
excellence, et le plus important géographiquement, et le provençal,
que sa fortune particulière a servi au XIXè siècle.
Le languedocien
est approximativement limité à l'ouest par la Garonne (limite
de l'aire du gascon), au nord par le nord-occitan (limite cantar
/ chantar), à l'est par une bande interférentielle entre
le Vidourle et le Rhône (limite de l'aire du provençal); soit
les départements suivants: Aveyron, Lot, Lot-et-Garonne,
Tarn-et-Garonne, Tarn, Aude, Hérault et, partiellement: Lozère,
Haute-Garonne, Ariège, Gard, Dordogne, Cantal,
Pyrénées-Orientales, Gironde.
Le provençal
est dû, en fait, à une surévolution relativement
récente (à partir du XVIè s.) qui l'à détaché du
languedocien et a achevé de lui donner son visage actuel. Le
trait le plus significatif (mais non exclusif) est l'amuïssement
des consonnes finales (en particulier -s du pluriel), ce
qui amène certaines restructurations morphologiques inconnues du
languedocien. Le provençal recouvre en gros les parlers de
l'ancienne Provence, du comtat Venaissin et du comté de Nice. On
peut y ajouter les parlers de Nîmes et d'Uzès, en Languedoc,
qui étaient encore languedociens au XVIIè siècle.
Le gascon est presque une langue à part dans le domaine occitan. Ses caractéristiques essentielles sont, en phonétique , le passage de F latin à h (FiLIA: hilha , FARiNA: haría , FuRNU: horn , FoCU: huèc ), la chute du -n- intervocalique (LuNA: lua , FARiNA: haría , VeNA: vía ), l'évolution particulière de la géminée -LL- (en finale, -LL: -th ou -t : BeLLU: bèth /bèt , CASTeLLU: castèth /castèt ; à l'intervocalique, -LL-: -r- : BeLLA: bèra , GALLiNA: garía , iLLA: era ), le développement d'un a - prosthétique devant un r - initial fortement roulé: arrat , arrasim , arròda (occ. moyen: rat , rasim , ròda ). En morphosyntaxe, on peut signaler un imparfait indicatif spécifique: arridè/arridèva «(il) riait», volè/volèva «(il) volait», dromiva «(il) dormait» (occ. moyen: risiá , voliá , dormiá ); un prétérit également original (types cantè /cantà , arridó /arridoc , dromí , face à l'occitan moyen: cantèt , riguèt , dormiguèt ); la prolifération de particules dites «énonciatives» renforçant l'énonciation verbale (l'òme QUE se n'anèc deu vilatge «l'homme s'en alla du village», «la hemna QUE cantava «la femme chantait»; los nins BE son au lhèit? «les petits sont au lit, n'est-ce pas?»).
Les Grands Traits Typologiques de l'Occitan *
Les traits typologiques de l'occitan présentés ici, évidemment de manière sélective, concernent essentiellement l'occitan moyen. Ils ont en outre été choisis en fonction de leur caractère oppositionnel face au français.
Phonétique: Le vocalisme se caractérise par la chute
gallo-romane des voyelles finales atones autres que -A: MuRU: mur
, FLoRE: flor , mais PoRTA: pòrta , par l'absence de
diphtongaison romane «spontanée»: CoR: còr , PeDE: pè mais
diphtongaison conditionnée: LeCTU: lièit , NoCTE: nuèit ;
BoVE: buòu , par le maintien de la diphtongue AU : CAUSA: causa
, * AUSaRE: (g )ausar et par la palatalisation gallo-romane du u
latin (O [ü]): LuNA: luna , MATuRUS: madur.
Le consonantisme
se définit par l?absence de palatalisation de CA- et de GA-
(sauf en nord-occitan): CANTaRE: cantar , GALLU: gal (mais
nord-occitan: chantar , jal ), par la chute de l'-n «instable»,
sans traces de nasalisation (sauf en gascon et provençal): PANE:
[pa], ViNU: [bi], BeNE: [bé] (graphie: pan , vin , ben ), par la
vocalisation du [d], dans le groupe intervocalique -DR-, qui
devient [y]: CReDeRE: creire , RADeRE: raire ; PATRE: paire ,
LATRoNE: lairon, par le passage de - D- intervocalique primaire
à [z] (ou amuïssement en nord-occitan): SuDaRE: susar , NuDA:
nusa , LAUDAT: lausa, par la conservation (localisée) des
anciennes affriquées romanes: DIuRNU: jorn [dzur/dzur],
*JeCTaRE: getar [dzéta/dzéta], GeLU: gèl [dzèl/dzèl], par la
palatalisation du groupe [yt] S -CT- (sauf pour le gascon et les
parlers limitrophes): FACTU: fait /fach , FACTA: facha , LACTE:
lach , LeCTU: lièch et par la solidité des consonnes finales
(du moins en gascon et en languedocien): prat , prats ; amic ,
amics ; lop , lops.
Morphosyntaxe: À l'étape ancienne, il y a maintien de la
déclinaison gallo-romane à deux cas; cas-sujet: lo murs
(singulier), li mur (pluriel) / cas-régime: lo mur (singulier),
los murs (pluriel); on trouve aussi un conditionnel synthétique
en -ra , remontant au plus-que-parfait de l'indicatif latin: type
cantèra S CANTA(VE)RAT, agra S HABUERAT, degra S DEBUERAT (à
côté de: cantaria , auria , deuria ).
Prétérit à
infixe -G- dans les parfaits latins en -uI: DeBUi: dec , VoLui:
volc , *BiBui: bec (moderne deguèri , volguèri , beguèri ).
L'objet direct personnel possède un a introductif (gascon et
parlers limitrophes): l'aimi AL mieu paire «je l'aime à mon
père». On emploie le subjonctif présent dans les subordonnées
à sens futur introduites par un relatif ou une conjonction
(limité aujourd'hui au gascon): quan venga, cantarà «quand il
viendra, il chantera» (de même en ibéro-roman). L'article
défini est utilisé comme démonstratif: lo que parla «celui
qui parle», la que canta «celle qui chante» (ainsi en
ibéro-roman). Le subjonctif présent peut marquer la prohibition
(impératif négatif): (non ) cantes pas «ne chante pas», (non
) vengas pas «ne viens pas» (ainsi en ibéro-roman).
Lexique:
Comme pour la phonétique et la morphosyntaxe, le lexique de
l'occitan (et aussi de l'occitano-roman dans son ensemble) occupe
une position intermédiaire entre le gallo-roman et
l'ibéro-roman. Pour certains types lexicaux, il s'inscrit
nettement dans le cadre du gallo-roman: le cas du catalan est
symptomatique à ce sujet.
Exemple type
TRoPaRE (: occitan et catalan trobar , français trouver ) /
*ADFLaRE (: espagnol hallar , portugais achar ); FeNeSTRA (: occ.
cat. finestra , franç. fenêtre ) / *VENTaNA (: (esp. ventana );
*VoLeRE (: occ. cat. voler , franç. vouloir) / QUAEReRE (: esp.
portug. querer ); *PARAULARE (: occ. cat. parlar , franç. parler
) / *FABuLaRE (: esp. hablar , portug. falar ); MANDuCaRE (: occ.
manjar , cat. menjar , franç. manger ) / COMeDeRE (: esp.
portug. comer ); APUD «avec» (: occ. cat. ab /amb , anc.
franç. o ) / CUM (: esp. con , portug. com ), etc.
Pour d'autres
types lexicaux, en revanche, l'occitano-roman fait cause commune
avec l'ibéro-roman et se sépare nettement du français, qu'il
s'agisse de mots d'origine latine ignorés du français (occ.
armòl , esp. armuelle «arroche»; afartar , hartar
«rassasier»; borrèc , borrego «agneau d'un an»; calar ,
callar «se taire»; campana , campana «cloche»; flac , flaco
«faible»; garganta , garganta «gorge»; laganha , lagaña
«chassie»; lairar , ladrar «aboyer»; lenha , leña «bois de
chauffage»; pèrna , pierna «fesse, jambe»; òrt , huerto
«jardin»), ou de mots spécifiques (fonds aquitano-pyrénéen:
andralh , andrajo «guenille»; bruèissa, bruja «sorcière»;
esquèr, izquierdo «gauche»; morre, morro «museau»; toja ,
tojo «ajonc épineux»), ou encore de termes de provenance arabe
inconnus de la langue d'oïl (alcavòt , alcahuete
«entremetteur»; alquitran, alquitrán «goudron»; taüt ,
ataúd «cercueil»).
*: extraits de
l'Encyclopaedia Universalis®
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